Animitas ou la musique des âmes.
Une installation de Christian Boltanski dans le désert le plus aride du monde

Œuvres - 18/02/2016 - Article : Marian Lacombe - Vidéo : Marian Lacombe

 

Animitas est la plus récente des grandes installations en plein air du sculpteur français Christian Boltanski dans le désert d’Atacama au Chili. Elle se compose de huit cents clochettes japonaises fixées sur de longues tiges plantées dans le sol qui sonnent au gré du vent pour faire entendre la musique des âmes et dessinent la carte du ciel la nuit de la naissance de l’artiste, le 6 septembre 1944.
L’installation se situe dans le désert d’Atacama, un lieu de pèlerinage à la mémoire des disparus de la dictature de Pinochet. C’est également un lieu exceptionnel pour observer les étoiles grâce à la pureté du ciel : c’est là que sont installés les plus grands observatoires du monde.
L’œuvre, produite à l’occasion d’une exposition rétrospective du travail de Boltanski au musée des Beaux Arts de Santiago fin 2014, était filmée par une webcam et retransmise en direct dans l’une des salles du musée.
À Paris, lors de la FIAC hors les murs 2014, on pouvait aussi découvrir Alma, la maquette de l’installation chilienne dans le jardin des Tuileries.

Christian Boltanski nous a reçus dans son atelier de Malakoff où il ne cesse d’illustrer l’absence :

Alma, c’était le nom de la rétrospective de Santiago. Ca veut dire “âme”. C’est aussi le nom du plus grand observatoire astronomique du monde. J’ai préféré appeler l’installation Animitas du nom des autels que les indiens laissent au bord des routes pour honorer les morts. Je pense qu’il y a des fantômes autour de nous et qu’ils sont matérialisés par ces clochettes. Il s’agit effectivement de la musique du ciel. Ce qui m’intéressait dans cet endroit, c’était de faire quelque chose de rudimentaire. J’avais d’abord pensé à travailler avec les observatoires. Ils étaient splendides mais ils m’impressionnaient et me faisaient peur. J’ai voulu retrouver la simplicité, la douceur d’une petite sonnerie de clochette”.

Dans cette interview, l’artiste évoque également les Archives du Cœur, une installation permanente au Japon, près de l’île de Naoshima :

“J’ai plusieurs sortes d’activités : créer de grandes œuvres éphémères et créer des lieux un peu mythiques et permanents, des lieux de pèlerinages comme cette maison au Japon où je conserve les battements de cœurs recueillis partout dans le monde. Il y en a cent vingt enregistrés aujourd’hui. On peut retrouver les battements de cœur de ceux qu’on a connu. On m’avait proposé de travailler avec l’immense architecte Tadao Ando. J’ai préféré une simple maison de pêcheur pour les accueillir. Si on y va, c’est le fait de faire le voyage qui compte. Tout ce chemin, ce temps passé à penser à quelqu’un avant d’arriver dans cet endroit très beau. Parce que finalement, quand vous écoutez son cœur, c’est l’absence qu’on entend.”

 

Almas. Rétrospective Christian Boltanski
Museo Nacional de Bellas Artes
Santiago du Chili
Octobre 2014 – janvier 2015

 

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