• Bernar Venet,La Diagonale d’Arsac, 2004, façade du château d'arsac © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Susumu Shingu, les Ailes de la Terre, 2005 © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Jan Fabre, L’Homme qui mesure les nuages © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Jean-Pierre Raynaud, Le Pot Rouge , 2000 © ADAGP, Paris 2016
  • zebra 3, Les Visionnaires, 2014 © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Jean-Michel Folon, La Fontaine aux Oiseaux,1998 © Folon / ADAGP, Paris, 2016 et de Sam Dougados, I NEED, 2010 © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Sam Dougados, I NEED, 2010 © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Jean-Michel Folon, La Fontaine aux Oiseaux,1998 © Folon / ADAGP, Paris, 2016
  • Laurent Cerciat, Climax, 2009, collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Bernard Pagès, Le Chevêtre, 1992 © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Bernard Pagès, Le Grand Devers, 1993 © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Bernard Pagès, La Déjetée, 1995 © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Bernar Venet, saturations, 2008 © ADAGP, Paris 2016
  • césar, Le Pouce, 1965, © SBJ / ADAGP, Paris 2016
  • Rotraut Klein Mocquay, Skywatcher, 2001 © collection du château d’arsac - philippe raoux.
  • Thomas Raysse, Chaos, 2009 © collection du château d’arsac - philippe raoux.
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Le Château d’Arsac et son jardin de sculptures : entretien avec Philippe Raoux.

Destinations - 12/04/2016 - Photos : Dominique Haim - Interview : Barbara Fecchio

Philippe Raoux, propriétaire du Château d’Arsac et collectionneur d’art contemporain, a répondu à quelques questions concernant le jardin de sculptures du Château d’Arsac.

D’où vient votre passion pour l’art et quelles sont les rencontres qui vous ont fait évoluer et qui ont apporté quelque chose de relevant à votre collection ?

Ma passion de l’art vient d’une rencontre à un moment particulier de ma vie professionnelle. C’est en 1986 que j’ai acheté le château d’Arsac, propriété viticole du Médoc, fondée au XIIème siècle. Au moment de son acquisition, Arsac était à l’abandon : un château en ruines, un chai transformé en poulailler et trois petits hectares de vignes. J’ai entamé la rénovation de la propriété en commençant naturellement par les bâtiments d’exploitation puis la reconstitution du vignoble. En 1988, alors que nous étions en pleins travaux, Renilde Hammacher, directrice de la Fondation Peter Stuyvesant, et Alexandre Perk, directeur de Peter Stuyvesant France, sont venus me voir à Arsac. À partir des années 1960, cette société a constitué une collection d’œuvres d’art contemporaines dans le but de les installer dans leurs usines devant les serveurs de machines et créer chez eux une émotion permanente, « une joie de vivre » constante. Une bien belle idée ! Nos chais intéressaient Peter Stuyvesant car ils étaient à la fois des lieux historiques et des lieux travail. De plus à l’époque ils étaient quasiment vides : peu de cuves, peu de barriques à la mesure d’un vignoble renaissant, laissant ainsi beaucoup de place aux artistes.
C’est donc en 1989 que nous avons vendangé sous le regard bienveillant d’un Robert Indiana, d’un Karel Appel, d’une Niki de Saint Phalle. Le nom de l’expo : Aventure dans l’Art !. Un titre prémonitoire comme vous allez pouvoir le constater. La fin des vendanges venue, les œuvres sont reparties aux Pays-Bas et tous, du simple vigneron au directeur de l’exploitation, nous nous sommes sentis dépossédés… Arsac avait perdu une partie de son âme.
C’est ainsi qu’à partir de 1990 jusqu’en 1994, nous avons organisé chaque année une exposition estivale dans les chais et en extérieur. Se sont succédés Viallat, Niki de Saint Phalle, Jean-Michel Meurice, Pierre Buraglio et Bernard Pagès.  En 1994, la propriété est devenue rentable. J’ai souhaité alors qu’elle achète chaque année une sculpture qui viendrait prendre place dans le parc du château. Un achat annuel assorti d’un indispensable budget assis sur le nombre de pieds de vignes de la propriété : il y a à Arsac 600 000 pieds de vignes et chaque pied donnait 1 franc pour l’acquisition de l’œuvre, ce qui faisait 600 000 frs soit aujourd’hui 100 000 € de budget annuel. On considère à Arsac que chaque sculpture constitue le prolongement de l’architecture du château. Sans renier le travail considérable effectué par nos ancêtres qui ont inventé le concept génial du château viticole, nous faisons aujourd’hui un petit reproche à nos contemporains : depuis le jour où la dernière pierre a été posée, le château bordelais n’a pas évolué alors que le monde autour de lui ne cesse de bouger. N’est ce pas d’ailleurs la clef de son succès ? Dans un monde où tout bouge, il reste un point fixe ?  L’acquisition d’une œuvre constitue pour nous la mise à jour annuelle du « logiciel château » et nous permet d’affirmer que nous sommes un château en vie !  Aujourd’hui, 30 ans plus tard, nous avons créé notre jardin de sculptures d’une trentaine d’œuvres environ. Ce jardin est constitutif du château, il fait partie de son ADN. Et bien sûr, c’est grâce à la fréquentation assidue à des expositions d’art contemporain en France comme à l’étranger, tant dans des galeries que des musées, mais aussi à des lectures sur l’art contemporain, que j’ai pu investiguer le monde de l’art contemporain et ainsi former, au fils du temps, ma sensibilité sur le sujet.
Les rencontres avec les artistes, même si elles ont été nombreuses, tournaient plus autour de l’amitié et la dégustation de bonnes bouteilles que de l’art de chacun. Ce dont je me félicitais, car de mon côté j’ai toujours été soucieux de garder dans mes choix mon indépendance et ma totale liberté, la seule qu’il me reste !

Parmi les œuvres à ciel ouvert, comment avez-vous choisi leur implantation ? Est-ce que certaines œuvres ont été achetées en pensant à un emplacement particulier ? Pour le visiteur, s’agit-il d’un chemin à suivre ou plutôt une découverte fruit du hasard ? Y a-t-il eu des commissions spécifiques en rapport avec le lieu ?

Les œuvres prennent chacune très naturellement leur place dans le parc du château et dans les vignes. Elles sont comme des plantations de végétaux ou des repousses sauvages et désordonnées qui s’intègrent dans leur environnement dont elles deviennent un élément.  J’ai eu le souci permanent, pour l’implantation des œuvres, de tendre vers un point d’harmonie avec la nature, les bâtiments, l’histoire du domaine. Un point d’équilibre qui fasse que de l’installation de l’œuvre surgisse l’évidence. Paraphrasant Montaigne, je dirais « parce-que c’était elle (l’œuvre), parce-que c’était moi (Arsac) ».  Enfin, j’ai toujours choisi seul les œuvres achetées pour Arsac, mais dans l’idée qu’elles feraient intégralement partie de la propriété comme les jambes et les bras sont constitutifs du corps et bien sûr qu’elles seraient vues par tous, donc comprises par chacun.

Parmi les sculptures en extérieur, y-a-t’il une ou plusieurs œuvre(s) avec une signification particulière pour vous ?

Chaque œuvre qui jalonne le parc d’Arsac ou se trouve dans les vignes a bien sûr, outre sa signification, sa propre histoire. J’en raconterai trois, dont la première un peu longuement car elle se rapporte à l’installation la plus « téméraire » que nous ayons ici.

  • La Diagonale d’Arsac de Bernar Venet  est cette sculpture en cortène qui biffe la façade du château et elle fait dire à nos visiteurs que nous sommes toujours en travaux. À cela nous leur répondons qu’en effet nous le sommes en permanence, une sorte de « work in progress » en quête perpétuelle de son marché. Mon épouse a écrit un joli texte sur cette œuvre: “La Diagonale ne veut ni célébrer, ni entrer en aimable dialogue avec le château viticole bordelais. Au contraire, elle exprime une rébellion, une vraie rupture. Si le château à Bordeaux est un concept marketing génial, il date de pas moins de trois siècles. Depuis ce temps, il n’a pas évolué, à l’inverse de son marché. Cette droite qui barre l’image trop lisse et trop parfaite d’une demeure napoléonienne m’a paru la réponse à ce vieillissement, un manifeste à la fois esthétique et radical. Car en brisant l’équilibre du bâtiment d’un élan inspiré et vivifiant, la Diagonale dessine une nouvelle réalité, définit un nouveau défi. Elle devient en ce sens une passerelle qui fait entrer de plain-pied Arsac dans la modernité.”
  • La trilogie formée par le Pot Rouge de Jean-Pierre Raynaud, Skywatcher de Rotraud Klein Moquay et le Pouce de César. À elles trois, ces sculptures, installées dans la parcelle de vignes devant le château, figurent le concept du Terroir. Le Pot Rouge symbolise le savoir-faire du jardinier de la vigne. Skywatcher, avec son visage qui scrute le ciel, le temps qu’il va faire. Et enfin le Pouce, l’indispensable présence humaine dans le vignoble.
  • Les Visionnaires, situés dans les vignes derrière le château, qui caricaturent la cabane du vigneron telle qu’elle existait au XIXème siècle, ils me rappellent mes dimanches en famille où nous pique-niquions dans les vignes de la propriété paternelle de Rayne Vigneau.

Sculpture et nature : qu’est ce que ce binôme vous évoque ?

Le binôme sculpture nature évoque pour moi la présence humaine dans la nature. La complicité, le dialogue et le respect incessants de l’un à l’égard de l’autre. Un peu comme un couple homme femme. C’est l’harmonie entre les deux qui séduit.

Un parc de sculptures à conseiller à nos lecteurs ?

Un seul parc de sculptures à conseiller : celui du château d’Arsac bien sûr !

Château d’Arsac
1, allée du Comte
Arsac-en-Médoc
33460 Margaux
Tél. : +33 (0)5 56 58 83 90

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