• Rikrit Tiravanija, untitled 2017 (no water no fire), 2017 — neugerriemschneider © Art Basel
  • Rikrit Tiravanija, untitled 2017 (no water no fire), 2017 — neugerriemschneider © Art Basel
  • Rikrit Tiravanija, untitled 2017 (no water no fire), 2017 — neugerriemschneider © Art Basel
  • Rasheed Araeen, House of Red Bamboo, 2017 — Rossi & Rossi @art basel
  • Wang Wei, slipping mural 2, 2017 — Edouard Malingue Gallery © Art Basel
  • Wang Wei, slipping mural 2, 2017 — Edouard Malingue Gallery © Art Basel
  • Li Jinghu, Archaeology of the Present (Dongguan), 2017 © Art Basel
  • Pio Abad, Not a Shield but a Weapon, 2016 © Art Basel
  • Dinh Q. Lê, The deep blue sea, 2017 — 10 Chancery Lane Gallery and P.P.O.W © Art Basel
  • Kimsooja, deductive object, 2017 © Art basel
  • Art Basel in Hong Kong 2017 © Art Basel
  • Art Basel in Hong Kong 2017 © Art Basel
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Encounters à Hong Kong — Art Basel 2017

Actualités - 11/04/2017 - Article : Claire Shea

L’exposition Encounters à Art Basel Hong Kong présente des œuvres monumentales exposées dans l’espace peu conventionnel d’un centre de congrès. Cette année, dix-sept sculptures et installations d’artistes, de médias et de concepts divers sont venues s’installer dans les longs couloirs du centre. Au beau milieu d’une foire d’art, il est rafraîchissant de tomber sur des œuvres impressionnantes, réflexions profondes autour du capitalisme néolibéral, de problématiques globales et locales mais aussi de l’originalité et de la valeur.

L’installation de Li Junghu, Archaelogy of the Present (Dongguan) (2017), reprend une œuvre précédente, White Clouds (2009). Dans cette nouvelle œuvre, Li a suspendu des lumières réassemblées, autrefois utilisées dans les lignes d’assemblage d’usines, et crée un ensemble abstrait de nuages flottant au-dessus d’une œuvre composée de morceaux d’anciens moules industriels autrefois destinés à la fabrication de jouets. Archaelogy of the Present (Dongguan) explore l’émergence de la ville natale de Li comme « usine du monde » à l’ère de la globalisation. La plupart des ouvriers de l’usine de Dongguan ont quitté les champs des zones rurales pour venir subvenir à leurs besoins en travaillant dans les usines de la ville. Dans l’œuvre de Li, des lumières fluorescentes de l’usine viennent se substituer aux nuages, attirant ainsi l’attention sur la déconnexion entre les ouvriers et leur campagne natale. Sous les nuages, l’installation de moules de jouets évoque le flux matériel de la région du delta de la rivière des Perles, une région du sud de la Chine où une énorme quantité d’objets sont produits et exportés dans le monde entier à une vitesse fulgurante, d’où l’obsolescence rapide de cette industrie. Les formes architectoniques de l’agencement des moules rappellent le paysage urbain de Dongguan, renforçant ainsi le paysage artificiel créé par Li, commentaire sur la globalisation, l’industrie, la culture et la relation des ouvriers à la nature.

Non loin de là, Not a Shield, But a Weapon (2016), de Pio Abad, donne la curieuse impression de ne pas être à sa place. L’œuvre de Abad est agencée comme un étal de sacs de contrefaçon. Sur des étalages de draps blancs sont présentés 180 sacs à main faits sur mesure. Les sacs sont tous identiques, reproductions du sac Osprey de Margaret Thatcher que l’ancienne premier ministre britannique arborait sur une photo en compagnie du président américain Ronald Reagan. Cette œuvre offre un lien direct entre l’héritage néolibéral de Margaret Thatcher et l’histoire de la ville philippine de Marikina, d’où proviennent les contrefaçons. Marikina, autrefois ville industrielle florissante, traverse une période de déclin depuis la libéralisation des restrictions d’échanges dans les années 90. Comme l’œuvre de Li, Abad remet en question la relation entre globalisation, politique et industrie.

Le travail de Gonkar Gyatso explore lui aussi l’impact de la globalisation au sein d’un certain contexte local. Family Album (2016) est une installation sculpturale qui révèle la complexité de l’identité, et plus particulièrement au sein de la culture tibétaine. Cette installation monumentale est composée de dix-sept membres de la famille de l’artiste représentés sous forme de découpages installés sur une plateforme faisant penser à une scène de théâtre. La plateforme est encadrée d’un long rideau évoquant à la fois les peintures religieuses sur parchemin et la propagande. Le travail de Gyatso présente une histoire du nouveau Tibet, celle d’une culture jusqu’ici isolée qui fait aujourd’hui de plus en plus partie d’un monde globalisé.

Les personnages découpés sont vêtus pour des occasions diverses, tour à tour en tenue traditionnelle, de travail, ou de fête. La diversité des habits peut être perçue comme un symbole extérieur de la façon dont ces personnes naviguent entre différents milieux. Cependant, leurs expressions et leurs poses mettent l’accent sur leur individualité. Le travail de Gyatso examine la confrontation entre globalisation et société médiatisée d’une part et communautés locales et identité, d’autre part. Selon Gyatso, « à l’intersection de la représentation et de l’interprétation il y a un vaste océan, profond, à la fois extrêmement complexe et très beau.  Si mon travail est ambigu, c’est peut-être parce que c’est là que je me trouve, en ce moment. » Dans la forme, le travail de Gyatso se situe entre photographie et sculpture, ce qui ne fait qu’ajouter à son ambiguité.

De la même façon, l’œuvre de Dinh Q. Lê, The Deep Blue Sea (2017), est elle aussi une œuvre photographique installée de façon totalement sculpturale. Elle est présentée comme un rouleau étalé en cascade sur lequel apparaissent des images faisant penser à des ondulations, des vagues et des chutes d’eau. Ce travail est composé de quatre images de la crise des réfugiés qui fait actuellement rage en mer méditerranée. Sur chaque élément, Lê a étiré une seule et unique image sur une longueur de près de 50 mètres, créant ainsi une œuvre à l’échelle impressionnante qui permet de saisir l’importance de l’arrêt sur image et vient s’opposer à la notion de « moment précis » de Cartier-Bresson. Avec cette œuvre, Lê soutient plutôt une vision fluide de l’histoire qui se grave de façon permanente dans notre mémoire historique et invite le spectateur à recevoir l’image comme une toile abstraite sur lequel il peut projeter sa propre histoire et en faire son « aide-mémoire ». Si cette œuvre fait directement référence à un événement historique récent, elle fait également écho à l’histoire personnelle de Lê, dont la famille a fuit le Vietnam par bateau en 1978.

Slipping Mural 2, de Wang Wei, est une grande fresque installée à même le sol. Cette œuvre est constituée d’une série d’œuvres pour lesquelles Wang a pris comme point de départ les enclos du zoo de Beijing. Wang s’intéresse à la façon dont les zoos représentent la nature afin de recréer l’habitat d’origine des animaux. Leurs enclos servent de cadres pour permettre aux visiteurs d’imaginer une scène plus proche de la nature ou, peut-être de façon plus sinistre, pour permettre aux animaux de se sentir dans un milieu qui leur est plus naturel plutôt qu’au sein d’un environnement artificiel. Slipping Mural 2 est fait de carreaux de mosaïque et représente une plage avec du sable, des palmiers et des mouettes. Wang explore la problématique de la nature et de l’artifice et l’aptitude de l’architecture à façonner physiquement et psychologiquement notre environnement. Tout au long de leur visite à Art Basel, les visiteurs interagissent avec l’œuvre qui leur sert de lieu de rencontre, de repos, de détente et de discussion.

Outre cette œuvre, deux structures monumentales de bambou de Rasheed Araeen et Rikrat Tiravanija appellent elles aussi à la participation du visiteur.

House of Red Bamboo (2017), de Rasheed Araeen, prend la forme d’un échafaudage peint offrant un passage accessible aux visiteurs. L’échafaudage en treillis, traditionnellement utilisé dans la construction à Hong Kong, rappelle instantanément cet environnement immédiat. Outre son rôle utilitaire comme matériau de construction, le bambou est également souvent utilisé à Hong Kong pour fabriquer des scènes publiques pour les opéras chinois et les festivals.

L’œuvre de Rirkrit Tiravanija, untitled 2017 (no water no fire) (2017), se présente également sous la forme d’un échafaudage traditionel de bambou, d’une taille similaire à l’œuvre de Araeen. Mais cette fois-ci, le passage qui la traverse est un labyrinthe dans lequel le spectateur trouve cinq impressions 3D d’un bonzaï, installées sur des supports inspirés des piédestaux de bois de Constantin Brâncusi. Cette œuvre associe références historiques et questionnements autour de la technologie et de la nature. Pour parvenir à dissimuler toute intervention artificielle, les bonzaïs requièrent un entretien permanent, attentionné et méticuleux. Pour l’observateur, ils représentent la beauté du travail de la main de l’homme en harmonie avec la configuration fractale de la nature. C’est cet équilibre entre la forme naturelle et l’intervention de l’homme que Brâncusi s’efforçait d’atteindre dans son travail. Avec cela à l’esprit, Tiravanija invite le spectateur à pénétrer untitled 2017 (no water no fire) et à réfléchir à la fois sur la singularité technologique et le caractère transitoire de la nature.

Il ne s’agit ici que d’une sélection parmi les nombreuses œuvres ambitieuses exposées cette année à Art Basel Hong Kong. D’autres artistes sont représentés dans Encounters, tels que Katharina Grosse, Joyce Ho, Hu Qingyan, Bingyi, Waqas Khan, Kimsooja, Alicja Kwade, Sanné Mestrom, Michael Parekowhai et Shen Shaomin, à travers des œuvres tout aussi profondes, provocatrices et monumentales.

Art Basel Hong Kong
29 – 31 mars

Hong Kong
Convention & Exhibition Centre
1 Harbour Road
Wan Chai
Hong Kong, Chine

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