• Robert Smithson, Spiral Jetty, 1970, Rozel Point, Great Salt Lake, Utah, © Holt-Smithson Foundation/licensed by VAGA, New York, NY, photo by Gianfranco Gorgoni
  • Charles Ross, Star Axis, 1970s-ongoing, New Mexico, © Charles Ross, photo courtesy the artist
  • Dwan Gallery, Los Angeles, 1961, photo courtesy Dwan Gallery Archive
  • Virginia Dwan at the exhibition Language III, Dwan Gallery, New York, 1969, photograph by Roger Prigent, courtesy of Dwan Gallery Archive
  • Claes Oldenburg with Floor Cone (1962) in front of Dwan Gallery, Los Angeles, 1963, © Claes Oldenburg, photo courtesy Oldenburg van Bruggen Studio
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En dehors des normes, en dehors des murs.

Actualités - 03/08/2017 - Article : Aniko Erdosi

Le 13 mars 2017, le New York Times annonçait que la Spiral Jetty de Robert Smithson avait été officiellement nommée « œuvre d’art de l’état » par l’Utah, aux Etats-Unis. Peu de personnes furent plus ravies et fières de cette nouvelle que Virginia Dwan, une femme dont l’histoire fut longtemps ignorée.

Voici maintenant presque soixante ans, Dwan, alors agée de 28 ans, ouvre sa première galerie avec pignon sur rue à Westwood, à Los Angeles. En dehors d’Edward Kienholz, seul artiste local exposant dans sa galerie, sa liste d’artistes est à l’époque principalement constituée d’artistes basés à New York. Quelques déménagements plus tard et après avoir constitué une liste impressionnante d’expositions historiques (134 au total !) en l’espace d’à peine 12 ans, elle ferme la galerie en 1971 mais ne cessera jamais de soutenir les artistes. Alors que sa galerie est encore active, elle commence par parrainer certains artistes en leur permettant de bénéficier d’aides financières, de logements et d’ateliers, pour plus tard apporter d’importants fonds pour des œuvres d’art de grande échelle.

Malgré ces réussites, ce n’est que récemment que son nom et sa galerie ont commencé à recevoir l’attention qu’ils méritent. L’exposition actuellement présentée au LACMA (Los Angeles County Museum of Art) jusqu’au mois de septembre a été organisée par James Meyer, conservateur d’art moderne de la National Gallery of Art, et ce en l’honneur d’un généreux don de 250 œuvres de la part de Dwan.

En 1959, année d’ouverture de la Dwan Gallery, le voyage par jet se banalise et facilite les voyages et les échanges entre la côte est et la côte ouest des Etats-Unis, ainsi qu’avec l’Europe Occidentale. Ces progrès en matière de transport aérien a un impact majeur sur le monde de l’art. Les échanges culturels deviennent plus faciles, permettant à Dwan, et à d’autres, de se déplacer plus rapidement entre ces différents lieux et de renforcer les relations entre les deux côtes des Etats-Unis et au niveau international. Ceci a déterminé l’avenir de la Dwan Gallery et bientôt, en 1965, s’ouvre une nouvelle galerie sur la 57ème rue à New York. Aujourd’hui, on ne s’étonne pas de constater que les plus grandes galeries soient présentes à la fois à Los Angeles et à New York, mais peu de gens savent que c’est la Dwan Gallery, ainsi que la Marlborough Gallery, qui ont été les pionnières de ce modèle dans les années 60.

Dans ces deux villes, Dwan présenta de nombreuses expositions d’envergure qui changèrent le discours artistique. Certaines œuvres, aujourd’hui considérées comme des chefs d’œuvres du 20ème siècle, furent d’abord exposées sur les murs de la galerie (et plus tard en dehors de ses murs, mais toujours intimement liées à la galerie). En 1962, la galerie présenta une des premières expositions de pop art aux Etats-Unis, et en 1968 la légendaire exposition Earthworks ouvrait ses portes à New York, marquant non seulement une nouvelle ère mais un changement radical dans l’histoire de l’art.

Se démarquant des expositions de peintures conventionnelles (issues le plus souvent de l’expressionnisme abstrait américain ou du néo-réalisme français), et après avoir introduit pour la première fois d’importantes installations minimalistes, un des plus grands exploits de la Dwan Gallerie fut de lancer le mouvement Land Art dans les années 70. Dwan, à travers ses parrainages, a contribué et contribue encore aujourd’hui à la réalisation de grandes œuvres de ce mouvement. Après les premiers pas du Land Art – déplacement de terreau dans les espaces d’exposition, comme pour Non-sites (Pine Barrens) de Robert Smithson (1967) – les artistes quittent rapidement les galeries et leur connotation commerciale pour s’aventurer en extérieur.

Cette révolution, aussi appelée « crack » (fissure), avait déjà commencé quelques années plus tôt. En 1962, Michael Blankfort, un des collectionneurs et clients réguliers de la Dwan Gallery, commissionne une œuvre d’Yves Klein, Cession de « Zone de sensibilité picturale immatérielle »  à Michael Blankfort, Pont au Double, Paris, 10 février 1962 : un événement au cours duquel Klein signa un reçu et jeta des pièces d’or dans la Seine. Cette œuvre d’art éphémère qui engageait le paysage parisien peut être vue comme une œuvre d’art conceptuel « proto-Land », documentée par quatre photographies noir et blanc qui font actuellement partie de l’exposition du LACMA.

Quatre ans plus tard, en 1966, l’artiste new yorkais William Anastasi créait son œuvre phare, Issue, une pièce in situ qui fut d’abord exposée à la Dwan Gallery. Anastasi installe une bande d’enduit appliquée du sol au plafond sur un des murs de la galerie, un acte simple et poétique qu’on est tenté de percevoir comme un nouveau pas dans le processus graduel du « breaking through ».

A partir de là, et après la première exposition Earthworks, il ne suffit que d’un pas de plus pour permettre à l’art de sortir de l’espace commercial des galeries, du moins de façon temporaire. En 1969, Michael Heizer crée Double Negative dans le Nevada. En 1970, Smithson construit Spiral Jetty au Grand Lac Salé, une des œuvres les plus emblématiques du Land Art. En 1971, Charles Ross commence à construire Star Axis, toujours en cours de construction aujourd’hui. Toutes ces œuvres ont été rendues possible grâce au soutien de Virginia Dwan, mécène des temps modernes, qui jusqu’ici s’est discrètement tenue dans l’ombre. Cette exposition et son catalogue, ainsi que la récente publication de Virginia Dwan: Dwan Gallery, de Germano Celant, révèlent ce pan méconnu de l’histoire de l’art et rendent hommage aux services d’une autre femme de l’Avant-garde d’après-guerre.

Los Angeles to New York: Dwan Gallery, 1959–1971
19 mars – 10 septembre 2017
Resnick Pavilion, LACMA

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