• Anish Kapoor, Gibbs Farm. Photo by Alejandra Garcia via Flickr
  • Leon van den Eijkel, Gibbs Farm. Photo by Andym5855 via Flickr
  • Richard Serra, Gibbs Farm. Photo by Andym5855 via Flickr
  • Inhotim Art Park. Photo by Bruno via Flickr
  • Matthew Barney's Pavillion, Inhotim. Photo by thefuturistics via Flickr
  • Matthew Barney's Pavillion, Inhotim. Photo by thefuturistics via Flickr
  • Inhotim Art Park. Photo by Yann Duarte via Flickr
  • Dor de cabeça. Photo by josep via Flickr
  • The Oval by Tadao Ando. Photo by Todd Lappin via Flickr
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Le retour des grands mécènes

Destinations - 16/04/2015

Ils sont riches et entreprenants mais cela ne leur suffit pas. Ils aspirent aujourd’hui à devenir des collectionneurs d’art et mécènes qui marqueront à jamais notre époque. Pour eux, l’art ne se conçoit qu’en version XXL et l’art monumental est leur marque de fabrique. Ils ont pour cela troqué les cimaises de leurs galeries privées pour des espaces beaucoup plus vastes : jardins, parcs, vallées, déserts et montagnes où ils exposent des sculptures et des installations de grandes dimensions, souvent géo-localisables sur Google Maps. Du Brésil à la Nouvelle Zélande, je vous présente dans ce premier article (d’une série de trois) les plus emblématiques de ces nouveaux mécènes de l’art et les territoires qu’ils ont métamorphosés.

Gibbs Farm, une intégration spectaculaire de l’art monumental dans la nature orchestré par Alan Gibbs sur les côtes de Nouvelle Zélande

Nous sommes au nord de la Nouvelle Zélande, à 60 km d’Auckland, Gibbs Farm est un parc de sculptures de 400 hectares appartenant à l’homme d’affaires néo-zélandais Alan Gibbs, fondateur de l’entreprise de véhicules amphibies Gibbs Sports Amphibians Inc. Plus de vingt deux artistes du monde entier sont exposés dans ce vaste terrain vallonné qui domine le port de Kaipara, l’un des plus importants de l’hémisphère sud. Les œuvres sont monumentales et facilement identifiables par satellite, à l’instar de cette membrane géante d’Anish Kapoor, Dismemberment, Site I 1(2009), installée à cheval sur deux collines ou les 252 mètres d’acier de Richard Serra, Te Tuhirangi Contour (1999-2001), qui serpentent sur la propriété. Les moutons ne sont pas en reste et affectionnent tout particulièrement la Pyramid (Keystone NZ) (1997) de Sol LeWitt sur laquelle ils grimpent bien volontiers pour se reposer.

Inhotim, un « Disneyland de l’art » imaginé par Bernardo Paz en plein cœur du Brésil

Dans l’ancienne ville minière de Brumadinho, l’ancien magnat brésilien du minerai de fer, Bernado Paz affiche d’entrée de jeu son ambition pour son projet de parc d’art et de réserve naturelle : « I’m not creating a place for me. Inhotim is for eternity ». À soixante ans passés, il souhaite faire de ses 1200 hectares, situés à 65 km de Belo Horizonte, l’une des destinations les plus prisées au monde par les amateurs d’art, toute origine et extraction sociale confondues. Depuis son ouverture au public en 2006, plus de trois cent mille visiteurs par an affluent, dont une grande majorité de Brésiliens de la région. Il leur faut plusieurs jours pour découvrir les 22 pavillons d’art totalisant 22 hectares et dédiés chacun à un artiste, les sculptures installées dans le parc et le jardin botanique. Les plus grands artistes brésiliens et internationaux y sont représentés à l’instar de Tunga, Vik Muniz, Hélio Oiticica, Doug Aitken, Dominique Gonzalez-Foerster, Steve McQueen, Anish Kapoor ou Yayoi Kusama. À terme, Bernado Paz rêve Inhotim en Disneyland de l’art, avec la promesse d’une expérience hors du commun : « It’s like Disney, which began life as a park and expanded. Only here it is something serious ». Plus de mille personnes travaillent déjà chaque jour à Inhotim, mais il en faudra bien plus lorsque les dix hôtels de luxe, le centre de conférences, le théâtre, les vingt nouveaux pavillons d’art et les nouvelles acquisitions du parc de sculpture qu’ambitionne de créer Paz verront le jour. Un séjour de dix à douze jours sera alors nécessaire pour vivre l’expérience Inhotim.

Benesse Art Site Naoshima, au sud du Japon : l’expérience d’un raffinement exceptionnel à ciel ouvert pensé par Soichiro Fukutake

Dans la mer intérieure de Seto au Japon, l’appellation Benesse Art Site Naoshima regroupe l’ensemble des activités artistiques et culturelles réalisées sur les îles de Naoshima, Teshima et Inujima par la Benesse Holdings Inc. et la fondation Fukutake. C’est en 1985 que le milliardaire Tetsuhiko Fukutake, propriétaire de la Fukutake Publishing Co. Ltd (désormais Benesse Corporation) eut l’idée de transformer l’archipel en un site d’art d’exception, sollicitant pour cela les plus grands architectes et artistes contemporains. Naoshima est aujourd’hui l’une des destinations les plus prisées des collectionneurs d’art venus du monde entier. Au programme de leur visite : le Chichu Art Museum construit entièrement sous terre, le Lee Ufan Museum dédié à l’artiste éponyme, Art House Project, l’hôtel et musée Benesse House Museum, le Ando Museum ou encore le Naoshima Bath proposant un bain traditionnel japonais dans l’enceinte même d’un musée. Au nombre des œuvres les plus exceptionnelles figurent des installations et sculptures monumentales de James Turrell, Walter De Maria, Yayoi Kusama et Niki de Saint Phalle. Ces itinéraires d’art se poursuivent dans les îles avoisinantes, une opportunité supplémentaire pour découvrir des œuvres majeures telles que Les Archives du cœur de Christian Boltanski au son amplifié de battements de cœur enregistrés par l’artiste à travers le monde, présentées lors du Setouchi International Art Festival en 2011 et désormais conservées dans l’île de Teshima.

Compte tenu de l’envergure de ces trois projets, ils auraient pu rester à l’état d’utopie. Mais leurs protagonistes se sont engagés corps et âme pour que leur vision d’un dialogue renouvelé entre Art et Nature s’ancre dans la réalité, malgré les nombreux obstacles rencontrés. Générosité et partage sont le socle de ces trois propositions où le public est avant tout invité à « vivre une expérience » et à s’immerger dans les mondes nouveaux pensés par Gibbs, Paz et Fukutake. Dans mon prochain article sur le sujet des « nouveaux mécènes de l’art », nous partirons en Argentine, en Suisse et dans le sud de la France, à la rencontre de trois nouvelles personnalités et de leur collection de sculptures.

Infos pratiques :

Gibbs Farm
Située à Kaipara Harbour, au nord d’Auckland, Nouvelle Zélande (adresse non communiquée)
Visites hebdomadaires ouvertes au public uniquement sur inscription via le site internet
gibbsfarm.org.nz

Inhotim
Rua B, 20. Inhotim, Brumadinho, MG – Brésil (à 2h de route de Belo Horizonte)
Horaires d’ouverture au public, visites et hébergement via le site internet
inhotim.org.br

Benesse Art Site Naoshima
Naoshima, Kagawa 763110 – Japon (à 1h du port de Takamasu en bateau)
Horaires d’ouverture au public, visites et hébergement via le site internet
benesse-artsite.jp

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