• SIGURJÓN ÓLAFSSON, EMBRACE, 1949. PHOTO: KRISTEN BROWN
  • NÍNA SÆMUNDSSON, HAFMEYJAN, 1948. PHOTO: ART BICNICK
  • MAGNÚS TÓMASSON, MINNISVARÐI UM ÓÞEKKTA EMBÆTTISMANNINN,1993. PHOTO: ART BICNICK
  • EINAR JÓNSSON, ALDA ALDANNA, 1894–1905
  • EINAR JÓNSSON, ANDI OG EFNISBÖND, 1918–22
  • ÁSMUNDUR SVEINSSON, VATNSBERINN, 1937
  • ÁSMUNDUR SVEINSSON, HELREIÐIN, 1944
  • EINAR JÓNSSON MUSEUM
  • SIGURJÓN ÓLAFSSON, woman bathing, 1948. PHOTO: KRISTEN BROWN
  • SIGURJÓN ÓLAFSSON, THREE FACES, 1976. PHOTO: KRISTEN BROWN
  • SANTIAGO SIERRA, THE BLACK CONE, MONUMENT TO CIVIL DISOBEDIENCE, 2012. PHOTO: KRISTEN BROWN
  • STEINUNN THÓRARINSDÓTTIR, RÆTUR, 2000. PHOTO: ARNALDUR HALLDÓRSSON
  • STEINUNN THÓRARINSDÓTTIR, HORFUR, 2000.PHOTO: ARNALDUR HALLDÓRSSON
pause 1/13 Photos

Reykjavík: une ville de jardins de sculptures
et de monuments publics

Destinations - 28/04/2017 - Article : Matthew Harrison Tedford

Le parlement islandais, le plus ancien corps législatif encore actif au monde, se rassemble dans un petit bâtiment de briques dans le centre ville de Reykjavik. En face, dans un petit parc, une imposante statue du 19ème siècle représentant Jón Sigurðsson, personnage clé de l’indépendance, observe l’Alþingishús, le parlement. C’est le type de statue patriotique que l’on s’attend à trouver en face d’un bâtiment public, mais encore un peu plus près de l’Alþingishús se trouve The Black Cone, Monument to Civil Disobedience (2012) (Le cône noir, monument à la désobéissance civile), une sculpture de l’artiste espagnol Santiago Sierra (1966–) commémorant les manifestations anti-gouvernementales qui ont eu lieu dans ce même parc en 2008-2009. La sculpture est un énorme rocher, fendu en son milieu par un cône de métal qui est censé ressembler aux chapeaux coniques portés par ceux qui furent condamnés par l’inquisition espagnole. Ensemble, ces sculptures rappellent qu’un peuple revendicateur est tout autant garant de la démocratie que les traditions civiques du pays. Bien qu’une controverse sur l’emplacement de l’œuvre de Sierra ait opposé le parlement au Musée d’art et au conseil municipal de Reykjavik, le choix du lieu illustre l’importance de la sculpture à Reykjavik.

La ville compte également trois musées et jardins de sculptures, chacun dédié à un artiste spécifique. La statue de Jón Sigurðsson a été créée par Einar Jónsson (1874–1954), l’un des plus grands sculpteurs islandais. Le musée Einar Jónsson est situé près de l’Hallgrímskirkja, une gigantesque église luthérienne. L’œuvre d’Einar est principalement de style classique, inspirée des mythologies scandinave, chrétienne et grecque. Mais entre la fin du 19ème et jusqu’aux années 50, on remarque clairement dans une grande partie du travail d’Einar une influence croissante du modernisme avec l’apparition de formes abstraites. Derrière le musée, qui ressemble à un château, un jardin arboré abrite ses plus grandes œuvres, comme Elli og Þór (Thor Wrestling with Age – Thor combattant l’âge) (1939–40) représentant le jeune dieu aux prises avec l’âge, ici personnifié par une dizaine de corps drapés.

Non loin du centre ville, se trouve l’Ásmundarsafn, une annexe du musée d’art de Reykjavík dédiée au sculpteur Ásmundur Sveinsson (1893–1982). Le musée, un bâtiment d’un blanc éclatant surmonté d’un observatoire, était autrefois la résidence et l’atelier de l’artiste. Parce que l’Islande dispose de peu de bois comme ressource naturelle, Ásmundur a choisi de construire sa maison en pierre, également matériau de prédilection dans son œuvre. Dans le musée sont exposées des pièces de petite taille ainsi que des œuvres d’autres artistes, tandis que le jardin de sculptures qui entoure le bâtiment abrite un grand nombre d’œuvres de grande taille d’Ásmundur. Né à peine dix-neuf ans après Einar Jónsson, Ásmundur adopte pleinement le modernisme, créant des œuvres aux silhouettes courbées rappelant à la fois la sculpture néolithique et le travail de Picasso. Helreiðin (Hell-Ride) (1944) est une énorme créature à quatre pattes, un bras et deux têtes, l’une de cheval et l’autre humaine, qui semble tout droit sortie de Guernica (1937). Comme pour Einar Jónsson, le travail d’Ásmundur est présent à travers tout Reykjavik, y compris son œuvre iconique, Vatnsberinn (Water Carrier) (1937), dont une version est installée à l’Ásmundarsafn et une autre à une importante intersection du centre ville.

Comme Ásmundur Sveinsson, Sigurjón Ólafsson (1908–1982), s’inscrit clairement dans le mouvement de la sculpture moderniste, mais son travail est plus abstrait et utilise différents matériaux, y compris du bois importé. Le musée Sigurjón Ólafsson, qui est une annexe de la National Gallery d’Islande, occupe une partie de la zone côtière de Reykjavik. Le jardin situé devant le musée est époustouflant et comprend ses sculptures totems en bois et ses blocs de métal et de pierre avec, en toile de fond, la baie de Faxa et les montagnes aux sommets enneigés au loin. On peut trouver quelques-unes de ses œuvres plus figuratives à travers la ville. Les musées sont tous les trois payants, mais l’accès aux jardins est gratuit.

Ces trois jardins valent tous le détour, mais ils ne permettent pas aux visiteurs de véritablement comprendre l’ampleur de la contribution des nombreuses femmes sculpteurs islandaises. La plupart de leurs œuvres sont éparpillées à travers la ville, mais en 2014, le conseil municipal a également dédié une portion du parc Hljómskálagarður, situé à l’extrémité sud ouest du lac Tjörnin, aux œuvres de femmes sculpteurs. L’œuvre la plus importante est Hafmeyjan (Mermaid) (1948), de Nína Sæmundsson, une sirène de bronze installée sur un piédestal au milieu du lac. Rappelant la fameuse Petite Sirène (1913) de Edvard Eriksen à Copenhague, l’œuvre fait à la fois référence au folklore islandais et au conte de Hans Christian Anderson. Il s’agit ici d’une copie de l’original qui fut détruit par des vandales en 1960. La sculpture de Borbjörg Pálsdóttir (1919–2009), Piltur og stúlka (Kata og Stebbi) (1968) [Garçon et Fille (Kata et Stebbi]), illustre parfaitement le style contemporain unique à l’artiste, avec ses personnages aux torses et aux visages concaves.

Si les différents jardins de sculpture de la ville présentent une concentration d’œuvres dans des paysages parfois époustouflants, c’est en se promenant à travers Reykjavik que l’on peut voir la majorité des sculptures. Le musée d’art de Reykjavik propose une carte interactive comprenant des dizaines d’œuvres publiques. Près du parlement, sur la côte nord du lac Tjörnin, se trouve l’une des œuvres les plus remarquables de la ville, Minnisvarði um óþekkta embættismanninn (Monument au bureaucrate inconnu) (1993), de Magnús Tómasson’s (1943–). D’un style plus traditionnel, l’œuvre représente les jambes, le torse, et les bras d’un homme en costume, une mallette à la main. Mais sa tête est encastrée dans un énorme bloc de pierre brute. L’œuvre schématise l’expérience de beaucoup d’employés de bureau, alourdis par le monolithe nébuleux, et de nombreux passants s’identifient à ce bureaucrate anonyme. Bien que situé sur le pittoresque lac Tjörnin, le personnage se dirige bien comme il se doit vers l’hôtel de ville de Reykjavik.

Parmi les œuvres les plus notables se trouvent également plusieurs sculptures de Steinunn Thórarinsdóttir (1955–), qui est connue pour ses nus anonymes, grandeur nature. Rætur (Roots) (2000) sort quelque peu de cette norme. Installée sur le trottoir d’une rue commerçante animée, l’œuvre consiste en deux personnages dont on aperçoit le torse et la tête, mais dont le reste du corps est encastré dans deux blocs de bronze rectangulaires. Ces deux personnages sont comme les opposés du bureaucrate inconnu, et bien qu’ils soient face à face, l’un a le regard dirigé vers le haut tandis que l’autre penche la tête vers le sol. Ils demeurent immobiles tandis que travailleurs, résidents et touristes s’affairent autour d’eux.

Bien que la plupart des sculptures de Reykjavik aient été créées par des artistes islandais, on peut également y trouver quelques œuvres d’artistes internationaux comme Sierra. Parmi elles, Image Peace Tower (2007) de Yoko Ono (1933–), un faisceau lumineux rayonnant vers les cieux inauguré lors du 67ème anniversaire de John Lennon, et Áfangar (1990), de Richard Serra (1938–), une collection de 18 colonnes de basalte. Toutes deux sont situées sur l’île de Viðey, au large de Reykjavik, accessible par ferry. L’imposante sculpture de Leif Erikson, située à l’entrée de Hallgrímskirkja, a été réalisée par Alexander Calder (1898–1976).

L’Islande est connue pour ses chutes d’eau, ses glaciers, et ses volcans, mais Reykjavik est indiscutablement une ville d’art et de culture, riche en musées, galeries et scènes musicales. Ceux qui apprécient la sculpture doivent impérativement explorer cette ville. Et les trésors culturels de Reykjavik ne sont pas si éloignés des merveilles naturelles de l’île. Pour construire sa résidence et son atelier, Ásmundur Sveinsson a choisi d’utiliser la pierre plutôt que le bois afin de mieux refléter les matériaux disponibles dans son pays, et dans un sens plus large, il semble logique qu’un pays construit sur de la pierre en fusion possède une riche et forte tradition sculpturale.

Commentaires (0)

    Ajouter un commentaire