• Photo : Turismo em Vila Nova da Barquinha, Castelo de Almourol www.welcome-to.pt
  • xana, casa no céu. Photo : Turismo em Vila Nova da Barquinha, Castelo de Almourol www.welcome-to.pt
  • cristina ataide, rotter, 2010-12 photo José Rui Pardal Pina
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  • Photo : Turismo em Vila Nova da Barquinha, Castelo de Almourol www.welcome-to.pt
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  • alberto carneiro, sobre a floresta, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • alberto carneiro, sobre a floresta, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • alberto carneiro, sobre a floresta, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • josé pedro croft, s/ titulo, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • josé pedro croft, s/ titulo, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • josé pedro croft, s/ titulo, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • josé pedro croft, s/ titulo, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • photo : José Rui Pardal Pina
  • zulmiro de carvalho, linha da terra e do rio, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • zulmiro de carvalho, linha da terra e do rio, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • ângela ferreira, rega, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • ângela ferreira, rega, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • joana vasconcelos, trianons, 2012 photo : ângela ferreira, rega, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • joana vasconcelos, trianons, 2012 photo : ângela ferreira, rega, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • joana vasconcelos, trianons, 2012 photo : ângela ferreira, rega, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • joana vasconcelos, trianons, 2012 photo : ângela ferreira, rega, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • fernanda fragateiro,concrete poem, 2012 photo : joana vasconcelos, trianons, 2012 photo : ângela ferreira, rega, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • fernanda fragateiro,concrete poem, 2012 photo : joana vasconcelos, trianons, 2012 photo : ângela ferreira, rega, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • fernanda fragateiro,concrete poem, 2012 photo : joana vasconcelos, trianons, 2012 photo : ângela ferreira, rega, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
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  • pedro cabrita reis, castelo, 2012 photo : José Rui Pardal Pina
  • ruis chafes, contramundo photo : José Rui Pardal Pina
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Le Parc de sculptures contemporaines
Almourol

Destinations - 19/03/2019 - Article : José Rui Pardal Pina

Curieusement, dans un pays dominé par une Lisbonne macrocéphale, il faut aller bien loin du centre, à Vila Nova da Barquinha, pour découvrir une des expériences les plus intéressantes et accomplies de sculpture contemporaine dans l’espace public portugais. Seul un fleuve relie ces deux localités – le Tage, fleuve pollué, opaque, égout qui charrie le mépris du capitalisme et du néolibéralisme pour l’environnement, mais n’en reste pas moins l’élément structurant d’une région et d’un paysage qui se sont construits en étroite connivence. C’est justement sur les berges de cette ligne d’eau sombre que le Parc de sculptures contemporaines Almourol (conçu par les architectes paysagers Hipólito Bettencourt et Joana Sena Rego) s’est installé, non seulement pour contenir les crues qui se déversaient sur la commune de temps à autre, mais également pour porter un projet artistique véritablement démocratique, attentif à la nature à la fois ludique et contemplative d’un parc d’agrément. Ici, pas de parcours prédéfini, mais bien une tentative de traduction dans le paysage d’un exercice péripatéticien et d’une expérience (phénoménologique, pourrait-on dire, non de réduction mais toujours d’expansion). Le parc est une invitation à la déambulation, à l’errance, à la rêverie. Toutefois, l’œuvre d’Alberto Carneiro, Sobre a floresta (Sur la forêt) (2012), s’impose en début de parcours, en raison de la place centrale occupée par Carneiro dans le paysage artistique contemporain portugais et de sa démarche unissant cette double nature ludique et contemplative, ou encore spirituelle, de l’art dans des parcs publics. Près d’un miroir d’eau, sur le vert saturé de la pelouse, Carneiro érige une série de colonnes de granit, en cercles concentriques. Imaginez une forêt de troncs durs en granit, disposés le long de plusieurs anneaux de diamètres différents. Une fois à l’intérieur, le visiteur perçoit immédiatement son organisation mystique, cardinale, accueillant la nature élémentaire de l’univers. Entrer dans cette sculpture, scruter le paysage à travers ces troncs devenus minéraux, c’est établir un lien immédiat, nirvanesque, avec le cosmos. A l’ « Ouest », « terre » égale « vie » égale « art ». Au « Nord », « eau » égale aussi « art » égale aussi « vie ».

Non loin de là, Ângela Ferreira conçoit Rega (Arrosage) (2012) comme un objet interactif. L’œuvre, utilitaire, renvoie à l’arrosage industriel et mécanisé, tout en servant de balançoire où s’amusent les enfants. L’artiste joue avec le langage de la mémoire associative pour transporter des objets industriels dans le champ artistique. Le visiteur se demande si la pièce est une œuvre d’art, un objet pratique, ou si ces questions ont la moindre pertinence et si, tout simplement, Ferreira conçoit quelque chose de véritablement et radicalement intuitif, immédiat, sans aucune autre prétention.

Toujours dans le domaine du loisir et du quotidien, auquel elle rajoute la dimension du temps et de l’histoire locale, Cristina Ataíde conçoit Rotter (2010-12), sorte de nasse utilisée pour la pêche artisanale en eau douce. Le simple acte d’agrandir l’objet le place dans une dimension conceptuelle, mais également physique en y permettant l’entrée du corps. Posée sur un petit talus, près du fleuve, la nasse n’est pas destinée à la pêche régionale mais à l’être humain, aisément retenu par la sculpture à cette échelle, par la couleur rouge rompant abruptement avec la neutralité verte du gazon et de l’enfilade de saules pleurant au-dessus du fleuve, et par l’emprisonnement apparent du corps, comme si ce dernier était aspiré à l’intérieur de cette grande forme toroïde.

Avant cela, Xana tente une perspective critique avec Casa no Céu (Maison dans le ciel) (2012), une construction modulaire en caisses de plastique habituelles dans les supermarchés qui renvoie à la société de consommation. Le matériau et la simplicité formelle créent la possibilité d’une maison pour tous, facile à monter, prête à habiter, et s’exprimant dans la typologie vernaculaire des maisons portugaises. Entre utopie de consommation et utopie sociale, on ne sait à laquelle renvoie davantage cette œuvre, corps étrange, précaire, au milieu d’un paysage naturel, certainement artificiel, mais assurément organique.

La poétique de la ligne et du dessin est invoquée par Zulmiro de Carvalho, avec Linha da terra e do rio (Ligne de la terre et du fleuve) (2012), et Fernanda Fragateiro, avec Concrete Poem (2012). Si, dans la première œuvre, la ligne est construction, signalant et soulignant la ligne d’eau et de terre que tracent le fleuve et ses berges, dans la seconde, la ligne est l’outil de réflexion sur l’acte même de construire. La ligne est donc un élément architectural, qui dessine espaces, lieux, et paysages.

Dialoguant étroitement ici aussi avec le langage de l’architecture, Carlos Nogueira propose Casa quadrada com árvore dentro (Maison carrée contenant un arbre) (2012). La sculpture est presque une émanation de l’œuvre du philosophe Gaston Bachelard, œuvre où résonnent les divers poèmes et vers sur la nature (accueillante et expansive, matérielle et immatérielle, physique et métaphysique) de l’espace. Une construction en béton sort du sol pour protéger et envelopper un arbre. Le corps humain cède la place au corps végétal pour la durée presque intemporelle ou atemporelle de l’art. L’espace se constitue avec, pour mesure, l’arbre et non le caprice de l’homme.

La dématérialisation du paysage et le reflet comme possibilité d’une autre réalité paysagère et urbaine sont pensés par José Pedro Croft dans S/ Título (S/ Titre) (2012). Quatre longs miroirs verticaux s’installent dans la continuité du Tage, avec de légères distorsions d’orientation. Le paysage est reconstruit par le reflet, introduisant de nouvelles dimensions, en soustrayant d’autres – un immense jeu d’apparence, d’illusion et de recréation.

Avec Trianons (2012), Joana Vasconcelos adapte les pavillons des promenades royales et aristocratiques, strictement réservés à ces classes sous l’ancien régime absolutiste, et les offre à tous les visiteurs du parc. Les rubans plastiques et bariolés animent l’espace et résistent à la fois au temps et aux jeux de ceux qui s’y cachent et s’y emmêlent, constituant une œuvre qui est, très probablement, une des plus intéressantes de l’artiste, en raison de sa dimension historique et subversive.

A l’une des extrémités du parc, bordée de hauts roseaux, Pedro Cabrita Reis dresse un puissant bloc de granit dans le paysage horizontal environnant, dans un jeu d’appropriation et de citation de formes historiques et architecturales. Non loin de là, le Château d’Almourol et son donjon défient les éléments alentour, comme le fait la sculpture Castelo (Château) (2012), de Cabrita Reis. De la même façon, l’artiste restitue au présent les anciens repères et symboles de pouvoir architecturaux et urbains. Après tout, la verticalité est encore la forme par excellence du pouvoir.

Suivant la clôture de roseaux, à proximité du fleuve, une étrange créature s’enroule sur elle-même, tournant le dos au monde, indifférente à tout. Contramundo, de Rui Chafes, est l’épuisement par le poids, le fardeau insupportable qui recherche le soulagement ou le salut dans l’isolement. Innommable, inqualifiable, cet être noir et puissant aux formes organiques est la synthèse de tout le travail de Chafes : entre gravité et légèreté, entre chute et ascèse, Contramundo est aussi le corps qui console grâce à la paix qui en émane et à l’affirmation d’un geste qui se rend à l’absence.

De fait, nulle œuvre n’est mieux indiquée pour couronner ce périple exténuant, vaguement péripatéticien, dans un parc dont la nature architecturale et paysagère ne se retourne pas contre le site d’implantation, à la rencontre de magnifiques exemples de sculptures publiques qui, tour à tour, subliment le paysage, dilatent le temps et l’espace où elles s’insèrent, proposent un jeu de tension entre le ludique, le contemplatif et le réflexif. Une exposition, enfin, qui présente quelques-uns des noms les plus importants de la sculpture contemporaine portugaise.

Entrée libre et ouvert tous les jours.
www.welcome-to.pt

Traduction du portugais au français : Wang Meei-huey.

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