• Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2018, installed at Oklahoma State University Botanic Garden, Stillwater, OK. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2018, installed at Oklahoma State University Botanic Garden, Stillwater, OK. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2018, installed at Oklahoma State University Botanic Garden, Stillwater, OK. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2018, installed at Oklahoma State University Botanic Garden, Stillwater, OK. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2018, installed at Oklahoma State University Botanic Garden, Stillwater, OK. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2018, installed at Oklahoma State University Botanic Garden, Stillwater, OK. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2018, installed at Oklahoma State University Botanic Garden, Stillwater, OK. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2018, installed at Oklahoma State University Botanic Garden, Stillwater, OK. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2018, installed at Oklahoma State University Botanic Garden, Stillwater, OK. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2019 at Spencer Brownstone Gallery, New York
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2019 at Spencer Brownstone Gallery, New York
  • Rena Detrixhe at Spencer Brownstone Gallery, New York
  • Detail of Rena Detrixhe at Spencer Brownstone Gallery, New York
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2017, [detail], 25' x 40', installed at Western Michigan University, Grand Rapids, MI. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Photo: Mark Andrus. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2017, [detail], 25' x 40', installed at Western Michigan University, Grand Rapids, MI. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Photo: Mark Andrus. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2017, [detail], 25' x 40', installed at Western Michigan University, Grand Rapids, MI. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Photo: Mark Andrus. Courtesy of the artist.
  • Rena Detrixhe, Red Dirt Rug, 2017, [detail], 25' x 40', installed at Western Michigan University, Grand Rapids, MI. Oklahoma soil, impressed with shoe sole patterns. Photo: Mark Andrus. Courtesy of the artist.
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Rena Detrixhe, Place Out of Matter

Œuvres - 15/05/2019 - Article : Aniko Erdosi

Un tapis d’un rouge terreux profond accueille les visiteurs dans l’espace d’exposition. Il est fait d’une terre rouge provenant du centre de l’Oklahoma, soigneusement passée au tamis pour obtenir une poussière fine disposée en couches et décorée par l’artiste Rena Detrixhe. Ses tons et le matériau dont il est fait font immédiatement penser aux paysages de l’Ouest américain, et plus particulièrement de la région du centre ouest et à toutes ses subtilités écologiques, spirituelles et historiques. Un matériau doux, chaud et organique qui, selon l’artiste, « symbolise le courage, la persévérance, la chagrin, la douleur, l’esprit et la ténacité. »

Cette earthwork accueillante établit pourtant ses propres limites, ou plutôt éveille certaines craintes, tout en subtilité. Sa surface lisse, qui pourtant semble vivante, imprimée de motifs qui suivent des concepts humains tels que la géométrie et la symétrie, est chargée d’associations impliquant différents aspects de notre société, actuelle et passée. Le tapis, principalement associé à un usage cérémoniel en orient alors que dans les sociétés occidentales il est symbole de luxe, de confort et de statut social, semble également participer d’une tentative de dissimulation. D’un point de vue métaphorique, il est difficile de saisir exactement ce que cache le Red Dirt Rug de Detrixhe, mais le matériau et son symbolisme nous mènent à penser au territoire, aux peuples qui l’occupent – passés, présents et futurs –,  et aux heures les plus sombres de son histoire, que l’on a tendance à oublier.

Cette terre provient du Dust Bowl1, au bout du Trail of Tears2, chargé de mémoires marquées par l’adversité et la souffrance humaine. Ces notions, dont le sol est imprégné, se sont transmises à l’œuvre de Detrixhe qui sert plus d’humble memento que de monument à la nature transitoire des choses. Ceci transparaît parfaitement dans une version précédente de cette pièce, située au jardin botanique de la Oklahoma State University (Stillwater, Oklahoma). Créée l’année dernière et exposée aux éléments naturels qui ont fini par la transformer en la renvoyant d’où elle était venue, Red Dirt Rug ne faisait que renforcer l’une de nos expériences existentielles les plus élémentaires.

La surface de Red Dirt Rug est marquée de motifs d’éléments représentatifs du paysage du Midwest américain, tels que l’épi de maïs, la ruche, l’hirondelle, le pneu de tracteur et le derrick, tous créés en imprimant sur la terre des fragments découpés dans des semelles de chaussures. Des marques méticuleusement créées qui, lorsqu’elles sont identifiées, peuvent refléter et même renforcer non seulement la présence humaine et la trace du geste, mais aussi l’inattention générale que l’on porte aux traces que nous laissons derrière nous et à leur impact sur le territoire et sur les générations futures.

S’il y a un aspect de l’œuvre qui saute immédiatement aux yeux, c’est l’ampleur du travail mis en œuvre dans sa création. Il a fallu une semaine à Detrixhe pour réaliser la version actuelle de l’œuvre in situ sur le sol en béton de la galerie. Un acte soigné et méticuleux mené avec beaucoup de concentration et de persévérance qui vient ainsi ajouter une dimension performative à l’œuvre. En imaginant cet acte méditatif, on pense aux peintures de sable Diné (Navajo) qui, bien que d’une région différente, étaient exécutées avec la même déférence et la même patience et avaient une fonction curative. Effectivement, de cette action longue d’une semaine naît une œuvre fragile et éphémère qui semble transmettre des énergies mystiques. L’installation en extérieur de la version précédente de l’œuvre mentionnée plus haut a demandé à Detrixhe plusieurs jours de travail. « Pendant les jours qui ont suivis l’installation, Stillwater a eu la chance d’être arrosée d’une pluie abondante dont elle avait fort besoin, commençant ainsi à effacer le motif et à rendre à la terre ce qui lui appartenait. », raconte l’artiste. Si l’on peut ressentir une certaine tristesse face à l’œuvre, sa beauté captivante évoque également la possibilité d’une prise de conscience, et donc d’espoir. Comme des traces de pas délicates mais persistantes sur la longue route de la guérison, accompagnées et effacées par une pluie qui finit toujours par revenir.

Rena Detrixhe
Place Out of Matter
1 Mai – 3 Juillet 2019
Spencer Brownstone Gallery, New York

1 Le Dust Bowl fait référence à cette région de l’Oklahoma, du Kansas et du nord du Texas touchée par une érosion importante des sols (causée par des tempêtes de vents) au début des années 30, obligeant ainsi une grande partie de la population à partir.
2
Le Trail of Tears est une série de relocalisations imposées aux Indiens d’Amérique, les forçant à quitter leurs terres ancestrales du sud-est des Etats-Unis pour rejoindre certaines zones de l’ouest ayant été désignées « Territoires Indiens » par le Indian Removal Act de 1830.

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