• Tony Cragg, Caldera, 2008. Bronze, 480 x 372 x 342cm. Courtesy the artist. Photo Michael Richter © ADAGP, Paris 2017
  • Tony Cragg, Caught Dreaming, 2006. Bronze, 159 x 285 x 153cm. Courtesy the artist. Photo Michael Richter © ADAGP, Paris 2017
  • Tony Cragg, Mean Average, 2013. Bronze, 570 x 241 x 255. Courtesy the artist. Photo Michael Richter © ADAGP, Paris 2017
  • Tony Cragg, Outspan, 2008. Bronze, 190 x 200 x 124cm. Courtesy the artist and Museum Lehmbruck. Photo Michael Richter © ADAGP, Paris 2017
  • Tony Cragg, Points of View, 2013. Bronze, 700 x 165 x 186, 690 x 200 x 250, 695 x 230 x 270cm. Courtesy the artist. Photo Michael Richter © ADAGP, Paris 2017
  • Tony Cragg, Tommy, 2013. Bronze, 360 x 290 x 220cm. Courtesy the artist. Photo Michael Richter © ADAGP, Paris 2017
  • Tony Cragg, Willow, 2014. Bronze, 235 x 232 x 251cm. Courtesy the artist and Lisson Gallery. Photo Michael Richter © ADAGP, Paris 2017
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Tony Cragg: A Rare Category of Objects au Yorkshire Sculpture Park

Actualités - 29/03/2017 - Article : Claire Shea

Cette année, le Yorkshire Sculpture Park fête son quarantième anniversaire avec une exposition portant sur quarante ans du travail de Tony Cragg, l’un des plus grands artistes de sa génération.

A Rare Category of Objects a ouvert ses portes la semaine dernière. C’est la plus grande exposition du travail de l’artiste jamais proposée dans son Angleterre natale. Elle couvre sa carrière depuis 1977, lorsqu’il s’installe à Wuppertal en Allemagne, et présente des photographies, des dessins, des sculptures et de grandes œuvres d’extérieur.

Tony Cragg grandit à Liverpool, à un peu plus d’une heure de Yorkshire, où il travaille en tant qu’assistant de laboratoire à la National Rubber Producers’ Reasearch Association de 1966 à 1968. C’est pendant cette période que Cragg commence à s’intéresser au dessin et aux matériaux. Cragg a souvent mentionné la fabrication du plastique et de matériaux industriels pendant les années 60 et 70 comme étant à l’origine de sa passion pour l’univers des matériaux ; ces nouveaux matériaux créaient un contraste frappant avec le manque de diversité de matériaux et de couleurs de l’Angleterre de sa jeunesse.

A Rare Category of Objects associe des œuvres de jeunesse à des pièces plus récentes, montrant l’intérêt continu de l’artiste pour certains thèmes. Par exemple, ses travaux photographiques des années 70 témoignent de son intérêt précoce pour le paysage, la forme humaine et les matériaux, qu’ils soient naturels ou fabriqués par l’homme. Ces photographies montrent comment Cragg expérimente avec ces différents thèmes récurrents dans sa pratique sculpturale.

Dans le Project Space, ses œuvres de jeunesse mettent en évidence l’évolution de son intérêt vers la sculpture. Au cours des années 70, Cragg travaille sur une série d’œuvres connue sous le nom de Spectrum Sculptures. Inspiré par les couleurs vives et par de nouveaux matériaux qui faisaient de plus en plus partie de son environnement, Cragg classait et arrangeait ces objets trouvés en fonction de leur couleur. Ces configurations géométriques évoluèrent vers des œuvres plus figuratives, comme New Figuration. Exposées avec divers objets (fossiles, plâtres…) empruntés à l’atelier de Cragg, cette série illustre la variété d’objets et de matériaux qui continue de caractériser son travail.

Outre ces assemblages de jeunesse, l’exposition comprend quelques pièces majeures de ses Early Forms. Dans les années 80 et 90, Cragg commence à créer des œuvres aux dimensions plus ambitieuses et centrées sur sa passion pour les récipients, une des formes les plus simples et les plus anciennes créées par la main de l’homme. Ces œuvres associent l’expérience de Cragg en tant que technicien de laboratoire au début de sa carrière à son intérêt pour les matériaux de récupération qu’il rassemble pour sa Spectrum Series. Les Early Forms qui en découlent illustrent l’évolution de sa curiosité pour le monde matériel et pour le récipient comme métaphore du corps. Contrairement aux récipients fonctionnels, les Early Forms de Cragg sont formellement irrationnelles, dénuées de tout aspect pratique ou de toute fonction. Pour Cragg, ces formes évoquent des réponses émotionnelles et des relations qui ont été une préoccupation constante dans son travail.

Ses séries plus récentes, Rational Beings, combinent son intérêt pour les organismes, les strates et les récipients, donnant naissance à des œuvres associant des formes humaines à la fois figuratives et abstraites. Le corps humain est l’exemple parfait d’une forme organique évoquant pour Cragg une réponse émotionnelle. Il constitue une composition géométrique de molécules, de cellules, d’organes et de mécanismes fondamentalement complexe.

Récemment, la technologie a permis à Cragg de fabriquer de nouvelles formes à partir de ses séries précédentes. Bien que ces formes naissent systématiquement de dessins, privilégiant ainsi l’apport émotionnel, les avancées technologiques ont aboutit à la réalisation d’œuvres nouvelles, innovantes et complexes, qui permettent à Cragg de créer des sculptures pionnières et offrent de nouvelles possibilités de formes dans des matériaux comme le bois, le bronze ou l’acier.

« Je ne suis pas opposé à l’utilisation d’outils. Pourquoi n’utiliserais-je pas les meilleurs outils ; c’est ce que toutes les cultures font. Mais le problème de l’ordinateur, c’est qu’il n’a pas de psychologie. Si vous lui dites, fais une cuillère, il fera une cuillère. En lui donnant les bonnes données, il fabriquera une cuillère. Il fabriquera 10 cuillères. Un million de cuillères. Il remplira l’univers de cuillères. Et pour lui, cela n’aura aucune signification. Cela ne voudra rien dire. » – Tony Cragg, 2011.

La première fois que Cragg a utilisé un ordinateur dans son art, c’était pour calculer les ovales et les ellipses formant une œuvre intitulée Digital Skin (2006). En partant de ses dessins initiaux, Cragg travailla alors avec un technicien qui reproduisit ses dessins en modèles 3D imprimés en polyuréthane pour être finalement coulés dans le bronze en recourant à des méthodes de fonte traditionnelles. Pour Cragg, la modélisation 3D permet d’articuler les formes qu’il désire concevoir. Ces modèles proviennent toujours de dessins pour être par la suite soumis au processus de manipulation subjectif de Cragg, au cours duquel il travaille sur le volume et la forme, le contour, la surface, l’émotion…

Cette exposition met remarquablement en valeur les créations les plus récentes de Cragg. Hedge et Skull montrent comment ces outils lui ont permis de produire des formes tridimensionnelles et de transformer ses dessins en formes complexes.

Cette exposition présente également de nouvelles œuvres en verre produites à Murano, en Italie. En travaillant avec des artisans expérimentés, Cragg a créé de nouvelles formes, transformant ses premières séries de stratifications, Early Forms et Rational Beings, en de nouvelles œuvres complexes, des œuvres suggestives, qui, assurément, défient les limites du processus de création.

En offrant à voir des œuvres de jeunesse comme des œuvres plus récentes, monumentales ou de tailles plus modestes, d’extérieur ou d’intérieur, A Rare Category of Objects offre un aperçu unique de l’ampleur et de la profondeur du travail de Cragg. Elle fait dialoguer des œuvres de jeunesse et des œuvres plus récentes et montre ainsi le talent de Tony Cragg tout en mettant en évidence son intérêt constant pour le matériau, la culture et la science.

Tony Cragg: A Rare Category of Objects
Underground Gallery, Garden Gallery and open air
4 March–3 September 2017

Commentaires (2)

  • Tout artiste serait bien inspiré de suivre cette démarche de Cragg en diversifiant sa pratique et en étant dans une perpétuelle recherche. « qu’entendez-vous par  » défient les limites du processus de création »

    • Ces sculptures font écho à des formes présentes dans ses créations en bronze et en bois. Pour les sculptures en verre, le processus est beaucoup plus imprévisible et délicat car le verre est soufflé (cette technique demande une connaissance très profonde du materiel). Dans la majorité des cas, chaque élément d’une sculpture est soufflé/façonné seul. Une fois l’ensemble des éléments conçu, la sculpture peut être assemblée. Cette pratique demande une technique très pointue pour ne pas briser les éléments qui ont des températures différentes. Voici la raison qui explique en quoi ces sculptures ont défié les limites du processus de création.

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