• Jaume Plensa, Tel Aviv II Photo : Raphaël Blazy
  • Jaume Plensa, Tel Aviv II Photo : Raphaël Blazy
  • Barry Flanagan, Awe Photo : Raphaël Blazy
  • Bernar Venet, Ligne indeterminée Photo : Raphaël Blazy
  • Keiji Uematsu, Floating Red Form Photo : Raphaël Blazy
  • Dan Graham, Triangular Pavilion With Circular Cut-Out Variation H Photo : Raphaël Blazy
  • Bernar Venet, Ligne indeterminée Photo : Raphaël Blazy
  • Lee Ufan, Relatum — Dialogue Z Photo : Raphaël Blazy
  • Bernar Venet, Ligne indeterminée Photo : Raphaël Blazy
  • Dan Graham, Triangular Pavilion With Circular Cut-Out Variation H Photo : Raphaël Blazy
  • Gavin Turk, L'Age d'Or (taupe) Photo : Raphaël Blazy
  • Kendell Geers, Obélisk Photo : Raphaël Blazy
  • Douglas White, black palm Photo : Raphaël Blazy
  • Joana Vasconcelos, Sr. Vinho Photo : Raphaël Blazy
  • Photo : Raphaël Blazy
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La Commanderie de Peyrassol

Destinations - 13/12/2019 - Article : Raphaël Blazy - Photos : Raphaël Blazy

Au terroir d’exception et à l’histoire vieille de 9 siècles, la Commanderie de Peyrassol est un haut lieu du patrimoine de la Provence. Attenant à la commune de Flassans-sur-Issole, le domaine dispose d’un bel emplacement, au cœur des terres varoises et à une heure de Saint-Tropez. S’étendant sur une superficie de plus de 850 hectares, dont 92 de vignobles, le domaine de Peyrassol est un des plus grands parcs de sculptures de France.

Les larges pierres cyclopéennes aux abords du site ne trahissent pas l’étymologie provençale du terme PeirassoLa terre des grosses pierres». L’entrée du parc de sculptures s’effectue par un passage obligatoire au cœur du hameau, plus précisément au caveau de vente du domaine, à l’ombre d’une grande structure colorée que Daniel Buren est venu installer en 2017. Dans une esthétique rustiquement soignée, le hameau dispose de chambres d’hôtes et d’un restaurant où les vins et truffes du domaine sont à l’honneur. Outre cet art de vivre, le hameau est également un lieu d’exposition, une sorte de mise en bouche au parc de sculptures. On peut y observer un Œil d’Anne et Patrick Poirier, ainsi que des sculptures de César, Arman, Bernar Venet, ou encore le modèle réduit de la Tour aux Figues de Jean Dubuffet.

L’ensemble des œuvres du parc de sculptures du domaine de Peyrassol correspond à la collection personnelle du couple belge. En 2019, près de 70 œuvres sont exposées de manière permanente sur la totalité du parc. Chaque année, de nouvelles pièces intègrent le parcours, faisant du domaine de Peyrassol l’un des plus grands parcs de sculptures français du point de vue du nombre d’œuvres présentées.

En plus du parc, le domaine est également doté d’un espace d’exposition intérieur. Inaugurée au printemps 2016 et réalisée par l’architecte Charles Berthier, cette galerie se compose de deux espaces. Le premier, situé à l’entrée de l’édifice, est un petit «white cube» dédié aux expositions temporaires. Ce dernier s’ouvre ensuite sur une immense salle : c’est ici que sont présentées de manière permanente les œuvres de la collection du couple. Sans cloisons et au gré de la dénivellation naturelle imposée par le site où le bâtiment a été construit, cette surprenante galerie fait cohabiter d’importantes figures de l’art moderne et contemporain. Un ensemble hétéroclite d’une vingtaine d’œuvres qui comprend, entre autres, une structure de néons par François Morellet, une composition cinétique de Jesus Rafael Soto, un assemblage de Frank Stella, ou encore une curieuse installation de Jean Tinguely qu’il est possible d’activer.

Au domaine de Peyrassol, les œuvres majeures ne sont pas singulièrement dans le parc de sculptures, mais plutôt dans le jardin de sculptures du domaine. Cette différenciation terminologique entre parc et jardin se constate ici par le fait qu’une dizaine d’œuvres sont concentrées dans un périmètre réduit, aux abords de la demeure familiale. Sur d’impeccables parterres de pelouses, ces œuvres intègrent un espace à l’apparence clôt, où la nature est contrôlée et où la frontière entre espace privé et espace public est brumeuse.

Au sein de ce jardin, on découvre, posé sur une fontaine d’apparat, une sculpture de lièvre, personnage si cher à l’artiste britannique Barry Flanagan. Le regard s’élève ensuite pour observer Tel-Aviv II, création suspendue de l’artiste espagnol Jaume Plensa. Accrochée aux branches d’un robuste chêne, cette silhouette anthropomorphique faite de lettres oscille discrètement au gré du vent. Un peu plus loin, le regard s’abaisse pour apercevoir l’installation du sud-coréen Lee Ufan. Encerclé par un haut buis, La Tombe, hommage à André Le Notre est une profonde excavation où une grosse pierre est déposée sur une plaque d’acier. Bloc de pierre et acier se retrouvent également à quelques mètres de là, dans une seconde installation dont l’artiste a le secret, Relatum, Dialogue Z.

Élément qui a son importance au sujet de ces deux œuvres : elles n’ont pas été pensées ni faites in situ. Lee Ufan n’a donc pas créé ces œuvres sur commande du domaine de Peyrassol, de même qu’il n’a pas décidé de leurs emplacements. Ces deux sculptures — tout particulièrement L’hommage à André Le Notre sont issues de la rétrospective que Lee Ufan a présentée, en 2014, dans le parc du Château de Versailles. À l’occasion de cette exposition majeure, La Tombe était montrée dans le Bosquet des Bains d’Apollon. Installées en juin 2015 sur le domaine, ces deux œuvres «délocalisées» disent beaucoup des choix artistiques opérés pour le parc de sculptures.

Le premier est qu’il s’agit d’une collection construite principalement à partir de sculptures monumentales réalisées, pour beaucoup, par des artistes de renoms. Cependant, le parc de sculptures de Peyrassol, au même titre que sa galerie, laisse transparaitre qu’il n’y a pas de réelles cohérences entre les œuvres (hormis peut-être des sculptures sur le thème animalier : Pascal Bernier, César, Federica Matta, François Xavier Lalanne, Barry Flanagan, Kostis Georgiou, Philippe Berry).

Enfin, les œuvres du parc de sculptures n’ont pas toujours de relations très développées avec l’espace et le paysage qui les entourent. Notons toutefois l’œuvre de l’artiste britannique Gavin Turk, L’âge d’or, qui est peut-être celle qui parvient le mieux à réunir l’art contemporain et le terroir varois. Avec simplicité, cette sculpture en bronze peint représente une porte entr’ouverte, haute de 3,65 mètres. Sans possibilité d’être fermée, la porte est fixement ouverte sur les grandes rangées de vignes du domaine. Pour le visiteur qui déambule, plan en main, dans cette étonnante collection, L’âge d’or est une vision surréelle qui se mue en un instant poétique.

Impressionnant par le nombre et la diversité de ses œuvres, que nous révèle en substance le domaine de Peyrassol? Surement un éclairage sur ce qu’est un parc de sculptures au XXIe siècle. En effet, Peyrassol réuni un faisceau de signes qu’il partage avec plusieurs grands autres parcs de sculptures en France, en Europe ou à l’international. 

Le premier signe est l’éloignement. Un parc de sculptures serait une destination. Le parc de la Fondation Carmignac, ouvert à l’été 2018 sur l’île de Porquerolles, en est un exemple probant : impossible de s’y rendre autrement que par voie maritime. Comme pour Peyrassol, le visiteur se doit d’effectuer un voyage pour parvenir au parc en question.

Second signe, le parc de sculptures est rarement une construction ex nihilo. Il s’intègre, participe et, dans le meilleur des cas, transmet l’héritage d’une histoire, d’un patrimoine et d’un terroir singulier qui le précède. Le domaine de Peyrassol, au même titre que Castello di Ama (Italie), Houghton Hall (Grande-Bretagne) ou Chaumont-sur-Loire, correspond bien à cette insertion d’œuvres d’art dans un contexte historique non négligeable. Dans le cas précis de Peyrassol, notons l’imposante sculpture d’un chevalier de l’Ordre des Templiers, par Jean-Jacques Tosello.

Le troisième signe remarquable est la dialectique qu’il existe entre une exposition extérieure avec un, ou plusieurs, espaces intérieurs. Comme à Peyrassol, l’expérience d’un parc de sculptures ne se restreint pas, ou plus, à la visite d’une exposition de sculptures à ciel ouvert. À l’heure actuelle, tous les plus grands parcs de sculptures sont dotés d’un espace d’exposition en intérieur. La Fondation Bernar Venet, voisin du domaine de Peyrassol, nous éclaire bien sur ce mode d’exposition qui admet, outre des sculptures monumentales en plein air, un accrochage de diverses œuvres dans un ancien hangar utile aux expositions permanentes et temporaires de la fondation. Pour les parcs de sculptures, les intérêts sont simples : se renouveler en créant des expositions temporaires et pouvoir exposer des œuvres qui ne pourraient être conservées en plein air. Par ailleurs, cela assure une fréquentation, même par mauvais temps.

Le dernier signe majeur est qu’il s’agit d’un parc aux financements privés, coïncidant à la volonté de Philippe Austruy et de Valérie Bach. Là encore, le cas de Peyrassol n’est pas esseulé. Le Château La Coste par exemple, lui aussi voisin du domaine varois, correspond aux investissements et à la collection personnelle d’un mécène, Patrick McKillen. Certains parcs possèdent même le patronyme de leur propriétaire dans leur étiquette : la Collection Gori (Italie), Gibbs farm (Nouvelle-Zélande).

Enfin, notons qu’un signe est propre aux domaines étant à la fois parcs de sculptures et vignobles : l’art de vivre. Dans ce cas-là, le domaine de Peyrassol partage avec ces confrères du Château La Coste, de Castello di Ama et de quelques autres domaines français et européens, d’êtres des lieux réputés dans les secteurs de l’art, mais aussi du vin, de la restauration et de l’hôtellerie. À l’image du domaine de Peyrassol, les parcs de sculptures se développent aujourd’hui comme des lieux à part, où l’art, la nature et les plaisirs épicuriens ne font plus qu’un. 

Le Domaine de Peyrassol est ouvert tous les jours de l’année. Un droit d’entrée de 8 € est demandé pour la visite du parc (15 € en visite guidée).

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