• Mary Mattingly, Along the Lines of Displacement: A Tropical Food Forest, 2018. Paurotis palm (Acoelorrhaphe wrightii), ponytail palm (Beaucarnea recurvata), and coconut palm (Cocos nucifera) from agricultural zones 8 and 9 transplanted to zones 5 and 6, 60x50x22 ft.(18.3m x 15.2m x 670.6cm). Courtesy the artist and Robert Mann Gallery. Photograph by Jerry L.Thompson
  • Maya Lin, The Secret Life of Grasses, 2018. PVC tube, lightweight soil, grasses (big bluestem [Andropogon gerardii], switchgrass [Panicum vargatum], and kernza [Thinopyrum intermedium]), oak, cable and steel, Each tube 10 ft. (304.8 cm) high,12 in. (30.5 cm) diam. Plants courtesy The Land Institute, Salina, Kansas.Courtesy the artist. Photograph by Jerry L. Thompson
  • David Brooks, Permanent Field Observations, 2018. Bronze, dimensions variable. Courtesy the artist. Photograph by Jerry L. Thompson.
  • David Brooks, Permanent Field Observations, 2018. Bronze, dimensions variable. Courtesy the artist. Photograph by Jerry L. Thompson.
  • Allison Janae Hamilton, The people cried mercy in the storm, 2018. Tambourines and steel armature, 18 ft. x 36 in. x 36 in. (548.6x91.4x91.4 cm). Courtesy the artist. Photograph by Jerry L. Thompson.
  • Meg Webster, Growing under Solar Panels, 2018. Solar panels with self-watering raised growing beds, pond, and planting of nectar plants for bees, 13 x 18 x 40 ft. (396.2 cm x 548.6 cm x 12.2 m). Courtesy Paula Cooper Gallery, New York © Meg Webster. Photograph by Jerry L.Thompson
  • Meg Webster, Growing under Solar Panels, 2018. Solar panels with self-watering raised growing beds, pond, and planting of nectar plants for bees, 13 x 18 x 40 ft. (396.2 cm x 548.6 cm x 12.2 m). Courtesy Paula Cooper Gallery, New York © Meg Webster. Photograph by Jerry L.Thompson
  • Gabriela Salazar, Matters in Shelter (and Place, Puerto Rico), 2018. Coffee clay (used coffee grounds, flour, salt), concrete block, wood, and polypropylene mesh tarp,12 x 16 x 20 ft. (365.8 x 487.7 x 609.6 cm). Courtesy the artist. Photograph by Jerry L.Thompson
  • Hara Woltz, Vital Signs, 2018. Weather station, painted aluminum, mirrored aluminum, and wood, 20 x 30 x 30 ft. (609.6 x 914.4 x 914.4 cm). Courtesy the artist. Photo Jerry L. Thompson.
  • Dear Climate (U. Chaudhuri, F. Ertl, O. Kellhammer, M. Zurkow), General Assembly, 2018. Circle of nylon printed banners on wood poles12 ft. (365.8 cm)high, 84 ft. (25.6 m) diam.; each flag 60 x 36 in. (152.4 x 91.4cm). Courtesy the artists. Photograph by Jerry L. Thompson
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Indicators: Artists on Climate Change
au Storm King Art Center

Actualités - 22/07/2018 - Article : Jonathan Goodman

Storm King Art Center, un jardin de sculpture de 200 hectares situé à environ une heure au nord de New York, propose actuellement une exposition intitulée Indicators: Artists on Climate Change (Indicateurs : les artistes et le changement climatique). L’exposition présente les efforts de dix-sept artistes (voir la liste ci-dessous), à travers des œuvres d’extérieur ainsi que des œuvres exposées en intérieur dans le bâtiment principal du site. Quoiqu’en disent les réactionnaires, nous sommes à l’évidence en train de vivre un changement climatique permanent. Un changement qui a déjà eu un impact profond sur nos modes de vie. 

Les dix-sept artistes s’engagent principalement à informer le public sur le sujet, mais certaines œuvres tentent véritablement d’apporter des solutions en terme de durabilité et de réchauffement climatique. Même si la situation est grave—et nous avons de bonnes raisons de frôler le désespoir—il est important de ne pas renoncer à éduquer la planète sur les conséquences du réchauffement climatique. Vues les proportions malthusiennes de notre population mondiale et le besoin de la nourrir, la consommation d’énergie nécessaire à la culture, à la construction d’habitat (ainsi qu’à les chauffer) et au soin de cette population de façon générale, a drastiquement augmenté. Ceci demande donc une quantité croissante d’énergie, dont la production est maintenant proche d’empoisonner une atmosphère déjà dégradée.

Face à une catastrophe imminente, que peut faire un artiste pour révéler au public la gravité de la situation? Les artistes exposent ici leurs œuvres dans des grands lieux d’art public, et celles-ci abordent toutes le problème du changement climatique—même si elles ne le font pas forcément de manière facilement accessible. Joindre l’art à un thème social bien précis s’est souvent révélé être un succès—en grande partie parce que les artistes ont tendance à tenir énormément à leur indépendance, et avoir une aversion pour quelque forme d’autorité que ce soit, publique ou non.

Je ne vais ici que me pencher sur le travail de quelques-uns des artistes de l’exposition. Parce que ceux-ci créent des œuvres ayant un thème bien précis, il est intéressant de noter qu’il est parfois difficile de percevoir l’art comme transcendant son rôle public. Mais il arrive tout aussi souvent de constater que la transmission des inquiétudes liées à l’écologie sont fortes et intenses et témoignent d’un souci de partager des préoccupations d’ordre général quant à la dégradation de notre environnement. Les artistes mentionnés ici ont été choisis de façon presque aléatoire—tous ont créé des œuvres puissantes, même si certaines font passer le message écologique avant l’esthétique.

Maya Lin, la célèbre artiste d’art public sino-américaine connue pour son mémorial du Vietnam à Washington D.C., présente ici trois poteaux transparents de trois mètres de haut, chacun contenant une tige d’herbe de prairie pointant hors des tubes soutenus par des supports. Selon Lin, le choix de ce type d’herbe est lié à la décision du Storm King de réintroduire des herbes indigènes au sein du parc, et l’artiste ajoute également qu’elles pourraient d’autre part aider à absorber le carbone de l’atmosphère, améliorant ainsi les dégâts quasi-permanents liés au réchauffement climatique. Lin, qui excelle lorsqu’elle travaille en navigant entre land art et art public, a façonné ici une présentation quelque peu schématique pour le changement. L’intérêt visuel des tubes ne se mesure pas entièrement au lyrisme de la pensée de l’artiste. Lin est loin d’en être responsable, mais la limitation de l’effet visuel, qui favorise une vision conceptuelle dont les intentions sont à la fois poétiques et pratiques, a tendance à limiter l’expérience—et même l’idée—de l’œuvre. Malgré tout, l’exposition remplit sa promesse visionnaire reléguant l’histoire, la nature et la culture à une perspective qui pourrait, de fait, avoir une influence positive sur un problème quasiment irrémédiable. Deux bas-reliefs, réalisés par Lin en 2017, capturent de manière remarquable l’Arctique et l’Antarctique en blanc. Fabriqués en carton et en encaustique, ils offrent une approche lyrique renforcée par la grande sensibilité de l’artiste au monde naturel.

Meg Webster, une autre artiste visionnaire résolue à apporter de réels changements, a créé une installation activée par des panneaux solaires intitulée Growing Under Solar Panels (2018). En travaillant avec deux scientifiques—Stephen Herbert, professeur d’agriculture à l’Université d’Amherst dans le Massachusetts, et David Marley, dirigeant d’une entreprise d’installation de panneaux solaires—Webster a découvert que le positionnement des panneaux solaires utilisés pour ce projet favorisait la croissance de plantes et de fleurs indigènes placées dans des jardinières en bois. Les panneaux procurent l’énergie nécessaire à un système d’irrigation permettant d’acheminer l’eau de piscines situées à proximité. Selon les communiqués de presse, les panneaux et leurs supports ont une présence forte en soi, mais ce n’est pas si sûr. Les formes sont industrielles et donc intrinsèquement pratiques. Elles pourraient bien être perçues comme des intrusions au sein de ce paysage plus vieux que tout. Mais l’aspect formel du projet de Webster n’a pas besoin d’être examiné de près. L’idée qui se cache derrière cette pièce est magique, tout comme les collaborations intimes qui s’en dégagent—collaboration entre individus et collaboration entre nature et nouvelles technologies.

Le sculpteur David Brooks a contribué plusieurs pièces dans son œuvre intitulée Permanent Field Observations (2018). Racines, pierres et branches ont été reproduites en bronze puis attachées—et de façon permanente—aux formes qu’elles imitent. Bien sût, au fil du temps, les formes organiques et éphémères se décomposeront lentement, tandis que les formes en bronze, fabriquées par la main de l’artiste et culturellement suggestives, subsisteront. Si le contraste est chargé d’une certaine ironie, il n’est pas humoristique. Parce qu’ils seront encore là dans des années, les bronzes subsisteront comme mémoires vivantes, plus ou moins invulnérables au temps, alors que l’objet d’origine disparaîtra. Il y a une certaine mélancolie à reconnaître la fragilité de la nature, mais la notion de changement sur une période relativement courte est également essentielle à notre compréhension des processus naturels. La culture, elle aussi, change, mais ces copies de bronze ont une durée de vie presque illimitée, même si, à l’inverse des racines et des branches qu’elles imitent, elles ne sont pas réellement vivantes. De fait, notre regard sur ces paires d’objets presque identiques s’accompagne de la conscience que la culture est un système clos—les bronzes ont une durée de vie plus longue mais ne se contenteront jamais que d’imiter la nature. Ils existent en dehors d’un temps normal, naturel—mais ils sont également, comme l’indique Brooks dans son titre, « permanents ». En regardant une paire de racines sinueuses côte à côte, ou la copie d’un morceau de bois reposant sur son original, l’audience de Brooks n’a d’autre choix que de reconnaître la permanence du bronze face à la lente décomposition du bois, naturellement vrai.

Le cœur de l’installation extérieure de Mary Mattingly, intitulée Displacement : A Tropical Food Forest (2018), est constitué d’un palmier, de cocotiers et d’un palmier beaucarnea importés des tropiques jusqu’à New York. Ces plantes pourraient bien faire un jour partie du paysage de l’état de New York; les scientifiques pensent que la température pourrait augmenter de plus de 3 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. L’idée que des palmiers puissent prospérer dans environnement où ils n’existent actuellement pas est pour le moins dérangeante. Mais c’est pourtant bien ce que nous réserve le futur. Ce petit ensemble d’arbres au milieu d’un champ vide ne nous interpelle pas culturellement, mais nous révèle plutôt une nature changée à tout jamais. La plupart des gens s’accordent pour dire que les arbres sont une bonne chose, mais l’idée d’un palmier poussant dans une région nordique paraît tellement saugrenue que cela nous rappelle à quel point nous trouvons ces aberrations de la nature dérangeantes. Nous pourrions nous demander: «  Est-il normal que ces arbres soient ici ? », et c’est exactement ce que recherche Mattingly.

Pour son œuvre faite de panneaux lumineux LED et intitulée We Are the Asteroid (2018), Justin Brice Guariglia a écrit plusieurs phrases courtes avec l’aide de l’écocritique Timothy Morgan : « Danger : Anthropocentrism », « Warning : Hurricane Human », et « We Are the Asteroid ». Proche, à la fois dans la forme et dans le langage, des truismes complexes et ambigus de Jenny Holzer, Brice Guariglia nous fait ressentir la présence d’un danger imminent. Il est intéressant de noter que, tout comme plusieurs de ses installations, l’œuvre de Guariglia apporte plus en terme de contenu qu’en présence visuelle. Le langage, réduit à un minimalisme extrême, montre au public de Storm King que l’écologie est question de mots comme d’images—des mots qui transmettent une urgence morale accompagnée d’une force persuasive que l’on trouve rarement dans les images, lesquelles illustrent les idées plutôt qu’elles ne les décrivent.

L’écrivain donne une tournure très simple aux phrases affichées en tant qu’images sur le panneau LED de façon à entraver ce que les messages formés par les mots communiquent. Mais les phrases sont si courtes que c’est finalement leur côté télégraphique qui concède à l’œuvre son efficacité. C’est le problème que rencontre la plupart des artistes participant à cette exposition : comment conserver une efficacité visuelle lorsqu’on traite d’un sujet qu’il vaudrait peut-être mieux aborder verbalement ? Peut-être la présence du chariot et du panneau lumineux, éléments relativement distants de l’environnement au sein duquel ils sont placés, constitue-t-elle également un jugement sur les nouvelles technologies.

Quelque soit la motivation de l’artiste, le chariot surmonté de son panneau apporte une note d’étrangeté dans la clairière verdoyante au milieu de laquelle il est placé.

La sculpture d’Allison Janae Hamilton, intitulée The people cried mer-cy in the storm (2018), consiste en deux colonnes de tambourins superposés les uns sur les autres et soutenus par une armature de fer. Les tambourins font référence à la chanson « Florida Storm » écrite par un juge en réponse au violent ouragan qui a frappé Miami en 1926—et qui est devenue populaire deux ans plus tard, lorsque plus de cinq mille travailleurs migrants noirs furent tués par l’ouragan du Lac Okeechobee en Floride (ce cataclysme a également un rôle central dans le roman de Nora Zeale Huston, Their Eyes Were Watching God). Le tambourin, instrument historiquement primordial dans la création musicale et la spiritualité afro-américaines, rappelle au public que la musique spirituelle a souvent permis au peuple noir de surmonter des problèmes difficiles à résoudre. Ici, les deux étroites colonnes de tambourins imitent les arbres plus hauts qui les entourent. Leur couleur blanc vif contraste joyeusement avec le feuillage vert foncé environnant. De façon générale, même si l’on ne connaît pas l’histoire à laquelle l’œuvre fait référence, il est possible d’apprécier son idiosyncrasie, dont la signification est plus spécifique qu’il n’y paraît au premier abord.

Cette exposition propose des œuvres hétéroclites, dont certaines abordent le thème proposé de manière frontale, et d’autres de manière plus obscure.  « Indicators » montre clairement que les artistes se sentent généralement profondément concernés par le futur écologique de notre planète. Certaines de leurs préoccupations sont évidentes, d’autres moins. Il nous faut parfois procéder à une lecture de l’œuvre pour saisir la signification de ce que l’on observe. Mais, au final, tout ceci importe peu. Même lorsqu’on ne comprend pas ce que l’on voit, nos intuitions, à travers ce sur quoi l’œuvre se concentre, nous révèle que le sujet—la beauté et la survie face au changement climatique—est à la fois éthique et esthétique. Si nous avons encore du temps pour espérer pouvoir protéger la planète qui nous permet d’exister, il nous en reste bien peu. Nos préoccupations se doivent d’être absolues : les niveaux d’eau augmentent chaque jour, menaçant nos côtes, nos habitations et le monde marin qui a contribué à la richesse de nos vies. Et ce pas seulement à proximité des océans, mais partout. S’il est sans doute trop tard pour changer le climat pour le mieux, nous pouvons au moins faire face aux conséquences liées au réchauffement climatique. Dans son ensemble, l’exposition s’attaque à notre volonté, correspondant à notre véritable besoin, de changer nos modes de vie, parfois, mais pas toujours, en utilisant la technologie. Mais ce type d’usage a bien peu de poids en comparaison de notre besoin, plus pressant, de renouer avec la nature de façon humaine. Les œuvres affirment que c’est encore possible. Seul le temps nous le dira.

Artistes exposés : David Brooks, Dear Climate, Mark Dion, Ellie Ga, Justin Brice Guariglia, Allison Janae Hamilton, Jenny Kendler, Maya Lin, Mary Mattingly, Alan Michaelson, Mike Nelson, Steve Rowell, Gabriela Salazar, Rebecca Smith, Tavares Strachan, Meg Webster, Hara Wolz

Indicators: Artists on Climate Change
19 mai – 11 novembre 2018
Storm King Art Center

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